Poèmes hypnagogiques

sans-titre

dans ma vie psychique nocturne
il m’arrive de planer dans les airs
personne ne le sait
je le dis
personne ne me croit
je le montre
tous le tiennent au secret
je m’amuse énormément
grâce à cette faculté
j’évite des écueils
cette sensation de se laisser guider par les courants
de foncer ailes tendues
dans la résistance qu’ils opposent aux plumes
procure une joie immense

nuit

aux insomniaques en corps
présence ressentie un degré
pivoter quarante-cinq puis
s’effondrer au dedans
comme cela la nuit, scruter l’infini
s’affairer dans l’instant au revers du pli
se perdre encore

occurence

un mot vaut-il un autre ?
irremplaçable occurrence
où tout bascule
dans un univers inattendu
qui délègue sa puissance
fortuite
au régime des inversions.

étoile interne

dans l’étoile interne
comme dans l’oreille
résonne le son d’une montagne feutrée

verser sa diplomatie dans un verre
revient à faire tomber
son mobile dans l’oubli
oubliés! l’heure du retour et son objet.
oublier l’idéal presque normal
d’aller danser dans cette réalité
dans l’étoile interne
comme dans l’oreille
résonne l’attente d’un jour autre
une approche du banal où
l’on s’éveille décentrée
sur la rugosité d’instants teintés de souci

houle

j’essaie, le passé en bandoulière
de revoir les grandes étapes
je partage des souvenirs
avec la houle
demain je rejoue l’indice
d’une fêlure migratoire
suspendue au filet de bulles
d’un faussaire d’objets étendus

quart de teinte

la journée n’a pas commencé
ou la nuit ne finit pas
est-ce que je m’endors ou m’éveille ?
fond sonore en quart de teinte.

répit

les angoisses ont filé
je reste là
la fatigue en embuscade derrière les paupières
quand
l’ennui s’offre au répit
jalousement consolé
lien gardé
solidement serré
ancré dans la clarté
saisie par la hanche basculée

oursins

de mémoire évanescente
un fumoir orienté nord
héberge les lois lancinantes
et fait perdurer l’audace des matins clairs
les oursins rouges pleurent des paysages marins
là où la mer s’étire comme un drap
et cristallise comme du sucre
dans tes bras l’on se détend

mille vies

chercher dans un placard
mille vies et cætera, plus encore
mais sans corps
Pandora entend un bruit
fracas sans histoire
doux comme un œuf
elle désespère de voir se renouveler
l’aurore
suggère l’intelligence de mon clavier

parenthèses

force de l’état hypnagogique
le rebondissement
de ses catastrophes
ses chutes et ses virages
parler aux pierres
dégringoler d’une façade
s’asseoir au pied du mur et attendre
que le jour s’efface
que la nuit le remplace
être happé par des parenthèses

griffures

griffures de réclamation
tendresse et guérison
quand tous les vents disent
ce qui devrait être
mais que rien n’arrive
comme il est convenu
se baisser
passer sous la barrière
et glisser dans l’eau
rejoindre les invertébrés

vagabond

des sortes de vagabondages
sans personne autour
des maisons abandonnées pleines
et la poussière dessus-dedans ouvertes
les objets brisés ou volés
depuis combien de temps
leurs places vides
dans ce statut
statue pointe
il passe dans mes veines et me salue
brièvement
certainement
il est toujours là

indolence

tuyauterie bruyante
quelqu’un gratte
le chauffage crée
sa cadence de navire
sur ce chemin de l’indolence
boire l’eau à petites gorgées

soleil

siroter du lait chaud à la vanille
excédée par l’attente dans un gouffre
dont on ne sort qu’en glissant dans la boue
sans pouvoir se rattraper
pendant d’interminables moments
s’agacer, enrager, glisser encore
sans tes exactitudes
qui fondent au soleil
il a demandé à ses phrases
comment elles pensent s’y prendre
pour qu’il cesse de hurler
il s’apprête à parler

piaillements

ce matin là elle se leva avant les oiseaux
pour aller les entendre
s’éveiller dans un bois
il y avait une suspension du temps
pendant environ une demi heure
où la nuit s’efface
poussée par les piaillements préhistoriques
où point la lumière
blafarde et brumeuse
froide et cotonneuse

prunelle

la prunelle de ses yeux était claire
elle avait le cheveu sombre
camouflée sous des strates de tissus
on eût dit qu’elle sortait des glaces polaires
les manches retroussées
bras à demi-nus dans la terre tendre
son attente des sons du matin se faisait grandissante
du lait brun de cette humus jaillissait
elle se tenait à côté des plantes primordiales
pour amorcer de cette écume opaque
le renouvellement de la vie végétale

impatience

lui s’agitait d’un pied sur l’autre
en attendant qu’elle descende du véhicule
un carton
elle naissait dans un carton
pas là
elle n’y était pas
elle était ailleurs dans d’autres sphères
quand
la somnolence duveteuse
pointe son indécision d’un air sombre
un jour de relâche

fusion

se poser dans la tempête
observer les mouvements d’air
manger sa propre tignasse
sentir frémir ces épaules
ne plus savoir à qui appartient ce corps
puis cet autre
ne plus distinguer les chaires les unes des autres

feuiller

découper tous les panneaux de signalisation
perdre l’ennemi
dans la crudeur des rêves
les mots tels qu’ils viennent
pas le temps d être triste
chaleur dans la nuque
puis
un goût âpre sur la partie râpeuse de la langue
qui ne s’estompe
pas même avec une gorgée de raisin
se lever
se recoucher
il y a des pousses en train de feuiller